Perspectives 2021 : quid après le coronavirus ? - AG Employee Benefits

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Perspectives 2021 : Olivier Colsoul nous dit tout

Publié le 15-12-2020

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Perspectives 2021 : retour sur l'année du coronavirus et coup d'œil sur le monde post-covid

2020 entrera dans l'histoire comme l'année du coronavirus. Rarement un fait aura autant dom​iné l'actualité mondiale que le COVID-19. L'impact sur les personnes, la santé et l'économie est énorme. Parallèlement, nous vivons également une reprise inédite. Une année aussi mémorable nécessite un examen approfondi. Ainsi qu'un regard sur 2021 et les années à venir. Olivier Colsoul, Senior Strategist chez AG, résume tout pour vous.​


Une chose est sûre : 2020 aura été l'année du coronavirus. Quel a été son impact sur le monde macro-économique ?​​

Au printemps, le confinement a paralysé l'économie dans de nombreuses régions du monde. L'indice PMI, qui reflète la confiance des directeurs d'achats dans la reprise de l'économie, est passé en avril de 55 à 15. Pour rappel, un score supérieur à 50 indique qu'ils s'attendent à une croissance économique. La zone euro a été particulièrement touchée. Outre l'Europe, d'autres régions aussi ont été confrontés à une deuxième vague. Les États-Unis vivent même actuellement leur troisième vague.

Heureusement, nous nous en sortons pas trop mal en cette fin d'année. Dans la zone euro, le PIB diminuera de 8 % cette année. Du jamais vu, certes, mais malgré tout bien loin de ce que nous craignions après la première vague du coronavirus. Aux États-Unis, les pertes se limiteront à 4 %. En Chine, nous prévoyons une progression de 2 % malgré la pandémie. 

La deuxième vague et le lockdown sont-ils aussi ravageurs que la première vague ? 

L'impact économique du deuxième confinement est plus faible que le premier. En France, par exemple, l'activité économique avait diminué de 31 % en avril. En novembre, les dégâts sont estimés à « seulement » 12 %. L'impact varie d'un pays à l'autre, mais dans l'ensemble, on peut parler d'un recul modéré de la croissance économique au cours du dernier trimestre de l'année. La prudence reste donc de mise.​

Autre constat surprenant : le premier confinement a frappé l'économie de manière plus générale. Pendant le deuxième lockdown, nous constatons, par exemple, que le secteur des services continue d'être gravement touché, mais que l'industrie est relativement épargnée. 

Pour l'ensemble de la zone euro, l'économie reviendra à environ 93 % de son niveau d'avant le coronavirus d'ici la fin de cette année. Aux États-Unis, où il n'y a pas eu de deuxième lockdown, ce pourcentage s'élèvera même à 97 %. Et le relèvement de l'économie se poursuivra grâce aux bonnes nouvelles reçues ces dernières semaines concernant les vaccins.


Les banques centrales et les gouvernements ont pris des mesures inédites. Ont-ils pu éviter le pire ?

L'économie s'est effondrée à la fin du premier trimestre. Ce qui a suscité, à juste titre, beaucoup de pessimisme. C'est également la raison des mesures de soutien sans précédent prises par les gouvernements et des banques centrales, tant par la Banque centrale européenne (BCE) que par la Réserve fédérale (FED). La Chine, en revanche, a soutenu son économie par des prêts massifs. Tous ces efforts ont permis d'éviter le pire.


Quels autres facteurs peuvent expliquer la rapidité de la reprise ?

Une différence majeure avec la crise financière est que la crise du coronavirus est due à la survenance d'un événement, et non structurelle comme en 2008. Le monde a connu un choc violent et soudain au printemps, et les gens du monde entier ont été, d'une manière ou d'une autre, touchés par la crise. Cela a eu une grande influence sur la volonté du citoyen lambda. La volonté de reprendre leur ancienne vie dès que possible a permis une relance beaucoup plus rapide et plus ferme que prévu.

Enfin, les marchés des actions ont bien sûr clairement profité des nouvelles positives des dernières semaines concernant les vaccins.

« La crise du coronavirus est due à un événement : elle est soudaine et très intense. Une différence majeure par rapport à la crise financière de 2008. »

La reprise a-t-elle été aussi forte partout ?​

À la fin 2020, nous constatons que la plupart des classes d'actifs sont à leur plus haut niveau YTD (Year To Date), ou du moins s'en approchent. ​

La Chine s'est plus ou moins rétablie. L'économie y tourne comme jamais auparavant, avec une amélioration significative de la croissance, tant au niveau des exportations que de la consommation. La faiblesse du dollar stimule le commerce mondial et les marchés émergents.​

Les États-Unis aussi reviennent en force. Le chômage était très élevé au premier trimestre, mais la reprise est sans précédent grâce à des allocations sociales exceptionnelles qui ont soutenu la consommation des ménages. Le S&P 500 (mené par les valeurs technologiques) et le Dow Jones ont déjà dépassé leur niveau pré-corona.​

L'Europe est, comme souvent, un peu en retard. Toutefois, un solide mouvement de rattrapage s'est amorcé ces dernières semaines. Tous les pays européens ne sont pas logés à la même enseigne face à la crise. L'Allemagne tire son épingle du jeu. Des pays comme l'Espagne, par contre, sont bien plus touchés en raison de l'absence de touristes.


Doit-on encore se méfier de certaines choses dans le cadre de cette forte reprise ?

La volatilité va certes diminuer, mais nous ne sommes pas à l'abri d'une nouvelle poussée, comme nous l'avons vu, par exemple, avec la deuxième vague en Europe ou juste avant les élections présidentielles aux États-Unis. Sans oublier, bien entendu, un éventuel retour du virus. À la veille du début de la distribution des vaccins, nous devons à tout prix éviter une troisième vague en Europe. ​

Que nous réserve 2021 selon vous ? 

Le scénario de la racine carrée est le plus probable, avec une poursuite de la reprise en 2021, après la chute vertigineuse et le rebond spectaculaire de cet été, mais pas aussi forte que l’augmentation des derniers mois. Nous nous attendons donc à un premier trimestre 2021 assez faible, mais tout de même en croissance par rapport au dernier trimestre 2020.  Par la suite, nous prévoyons une croissance plus forte, avec une inflation faible. Ces dernières semaines, ce scénario s'est intensifié sous l'impulsion des nouvelles très positives concernant les vaccins. 


​« Les nouvelles positives sur les vaccins renforcent le scénario de la racine carrée. »

Constatez-vous des différences régionales ?​

Dans la zone euro, le plan de relance européen est particulièrement important, notamment pour les pays les plus durement touchés comme l'Espagne et l'Italie. Ce plan est un atout important par rapport à la gestion de la crise financière. Il règne vraiment une volonté de sauvetage de l'économie « Quoi qu'il en coûte » pour faire mieux qu'après 2008.​

Aux États-Unis, l'élection présidentielle de Joe Biden a reporté les mesures de soutien supplémentaires espérées, mais peut-être pas pour longtemps. Avec la perspective d'un congrès divisé, le prochain package sera probablement plus modeste qu'avec une très large victoire démocratique. Cependant, l'économie américaine peut faire face alors que la FED veille au grain.

En Chine, nous prévoyons la poursuite de la forte progression de la croissance économique en 2021. 

Boris Johnson et le choix d'un Brexit dur ou d'un accord de libre-échange avec l'Europe restent des facteurs d'incertitude pour l'économie britannique. Il semble que Johnson se dirige lentement mais sûrement vers un Brexit dur, mais, avec lui, on ne peut pas exclure un accord de dernière minute.  Quoi qu'il en soit, le Brexit reste surtout un problème pour le marché intérieur britannique. 

Chez nous, nous ne pouvons pas sous-estimer l'impact de la crise du coronavirus sur nos PME. Leur chiffre d'affaires souffre davantage que l'économie dans son ensemble. Jusqu'à présent, nous déplorons peu de faillites. Mais ce n'est qu'une question de temps en raison de l'effet retardateur. Avec la deuxième vague, de nombreuses entreprises belges risquent une crise de trésorerie l'année prochaine si les autorités ne poursuivent pas leur soutien à long terme. Heureusement, nous n'y sommes pas encore, notamment si l'on regarde les chiffres du chômage qui défient toutes les prévisions négatives pour le moment.


Et la politique monétaire en 2021 ?

Les taux d'intérêt resteront bas. La BCE et la FED ne feront rien pour remédier à cette situation rapidement. La faiblesse des taux d'intérêt est en outre stimulée par un comportement d'épargne excessif, tant de la part des entreprises que des particuliers. Cette attitude maintient une pression continue sur les taux d'intérêt.

Les mesures de soutien des banques centrales et des gouvernements resteront nécessaires en 2021. En effet, le taux d'endettement reste élevé et dépasse parfois le niveau problématique des 100 % dans de nombreux pays occidentaux, en raison de la forte augmentation des déficits budgétaires cette année. Le Quantative Easing (QE) - qui consiste à augmenter la quantité d'argent - en a absorbé une grande partie et continuera à le faire. Mais pour réduire la dette, l'idéal serait de compter sur la croissance nominale. Celle-ci est toutefois relativement faible en Europe, tout comme l'inflation. En d'autres termes, sans le soutien des banques centrales, par exemple via l'achat d'obligations, il est peu probable que la dette diminue de manière drastique. 

Quel sera l'impact sur les classes d'actifs ?

Une forte hausse des taux d'intérêt n'est pas à l'ordre du jour. Nous nous attendons plutôt à une lente progression pour les dix prochaines années. 

Sur les marchés obligataires, nous constatons que les spreads des obligations d'entreprises ont déjà fortement diminué. La prime de risque est donc limitée mais, dans certains cas, elle reste supérieure à son niveau d'avant la crise. 

Après la forte reprise et les excellentes performances de novembre, les marchés des actions pourraient faire une pause. Les cours ont déjà intégré beaucoup de ces bonnes nouvelles, et cela se ressent aussi dans les résultats d'entreprises. À en juger par ce qui s'est passé après les précédentes périodes de récession, un fort rebond des bénéfices est prévu pour 2021. Il semble également que la récupération au niveau des bénéfices sera plus rapide aux États-Unis qu'en Europe. Cela va cependant de pair avec une valorisation plus onéreuse des actions américaines, et plus particulièrement des actions dites de croissance qui tutoient de nouveaux sommets. En Europe, où la croissance structurelle est plus faible, la situation s'améliore : la croissance mondiale et l'activité industrielle reprennent, tandis que la mise en œuvre du plan de relance européen pourrait donner une impulsion positive. De plus, les investisseurs en actions européennes peuvent compter sur un rendement sur dividende assez confortable. 

L'année dernière, nous avons assisté à un refroidissement de l'économie. Ce danger est-il écarté avec la crise du coronavirus ? 

Cette crise due à un événement particulier signifie que, structurellement, rien ou presque n'a changé. La reprise rapide démontre que tout le monde veut revenir à l’« ancienne normalité » le plus rapidement possible. Pour 2021, nous prévoyons donc la poursuite de la reprise de l'économie. Le contexte général devrait également être positif pour 2022. L'élection de Biden enlèvera un certain nombre d'incertitudes dans le monde entier. Mais au bout d'un certain temps, nous risquons à nouveau confrontés aux problèmes structurels d'avant la crise du coronavirus.


Comme quoi ?​

En 2019, l'économie mondiale se refroidissait déjà, sous l'effet de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine et de problèmes structurels tels que l'accélération du vieillissement de la population et la baisse de la productivité qui pèsent sur la croissance potentielle. Dans la zone euro, nous constatons également que les particuliers et les entreprises économisent beaucoup et investissent trop peu dans l'économie.​ ​

Les banques centrales et les gouvernements veulent étirer chaque cycle économique le plus longtemps possible, mais aucun ajustement structurel n'a été effectué. Il est préférable de le faire lorsque les choses vont bien, il ne faut donc pas s'attendre à du nouveau sur le plan structurel à court terme.​

Nous nous attendons donc à nouveau à des interventions de soutien des banques centrales. Des taux d'intérêt très bas et le QE peuvent soulager l'augmentation de la dette publique croissante et faire gagner du temps, mais ils ne contribuent pas suffisament à stimuler la croissance. Il se peut donc que nous soyons à nouveau confrontés à un ralentissement d'ici quelques années. 

« Il existe un risque de ralentissement de l'économie d'ici quelques années. 
Structurellement, rien n'a changé jusqu'à présent. »

Que pouvons-nous faire pour éviter ça ?​

Le Green Deal européen est une opportunité pour les entreprises de se positionner et d'investir dans l'économie durable. J'espère qu'il agira comme un catalyseur pour l'économie européenne, l'Europe prenant l'initiative sur la scène mondiale pour devenir le premier continent neutre sur le plan climatique d'ici 2050. Le Green Deal a donc un véritable potentiel pour être un atout à long terme

Le plan de relance européen devrait également jouer un rôle majeur. Il est impératif que ces mots ne restent pas lettre morte et que le plan soit également déployé à long terme. Il s'agit d'une occasion à ne pas manquer de développer des solutions structurelles à long terme et d'investir dans l'avenir. 


​Enfin, comment voyez-vous le long terme ? Le COVID-19 aura-t-il un impact durable ? 

Certains éléments de notre mode de vie et de travail vont changer. Le télétravail devrait s'inscrire dans la durée, ce qui aura sans doute aussi un impact sur les nombreux commerçants et l'HORECA qui dépendent des navetteurs dans les grandes villes. En conséquence, leur chiffre d'affaires pourrait être affecté plus longtemps que le reste de l'économie.

Le tourisme va reprendre, contrairement aux voyages d'affaires. En effet, tout le monde a pu voir que Zoom ou Teams permettent d'éviter de traverser la planète en avion. Cela aura bien entendu des répercussions sur le secteur hôtelier.

​Tous les secteurs ne pourront donc pas récupérer intégralement et tout le monde ne sera pas sauvé. Mais la grande majorité le sera. C'est pourquoi les gouvernements et les banques centrales font de si grands efforts. Je ne m'attends pas à un rétablissement complet avant 2022. Le rétablissement complet est donc en fait une question de temps.

« Le rétablissement complet après la pandémie est donc en fait une question de temps. »